En présence de l’auteur :
Jacques Lacan continue de faire l’objet des interprétations les plus extravagantes, tantôt idole, tantôt démon. Mais le contexte, lui, a changé : l’époque héroïque de la psychanalyse a pris fin, nous vivons l’éclosion des psychothérapies, mille et une façons d’apaiser les souffrances contemporaines en vertu de pratiques toujours plus réglementées par l’État. Rappeler ce que fut la geste lacanienne, c’est se souvenir d’abord d’une aventure intellectuelle et littéraire qui tint une place fondatrice dans notre modernité : liberté de parole et de mœurs, essor de toutes les émancipations (les femmes, les minorités, les homosexuels), espoir de changer la vie, l’école, la famille, le désir. Car si Lacan se situa à contre-courant de bien des espérances de l’après-68, il en épousa les paradoxes, au point que ses jeux de langage et de mots résonnent aujourd’hui comme autant d’injonctions de réinstituer la société. Retour sur sa vie, son œuvre, ce qu’elle fut, ce qu’il en reste.
En partenariat avec la Comédie de l'AA et le Lycée Alexandre Ribot de Saint-Omer
Robert Musil est considéré comme l'un des auteurs qui ont le mieux cerné l'homme moderne, un « homme sans qualités » comme le suggère le titre du roman éponyme. Mais que faut-il vraiment entendre par « homme sans qualités »? Loin de proposer quelque chose comme une dissolution postmoderne du sujet et un éclatement de son identité, Robert Musil interroge plutôt la constitution morale du sujet, qu'il présente comme l'enjeu essentiel. Dès lors, le roman et sa dimension utopique n'ont d'autre fonction que de conduire l'individu à se transformer soi-même, à réaliser son moi possible. Telle est « l'utopie de soi-même ».
En partenariat avec le Phénix de Valenciennes
Contes ou fables, romans et films, littérature dessinée ou séries télévisées, depuis l’enfance notre existence est rythmée par l’usage et le goût de la fiction. Notre soif d’univers imaginaires semble si inextinguible que nous semblons avoir renoncé pour toujours à nous demander «ce que veut la fiction». N’ y a-t-il pas toujours un censeur embusqué pour soutenir qu’elle nous veut du mal ?Si la fiction nous est devenue aussi quotidienne ne serait-ce pas au fond qu’elle nous soulage de quelque sourde inquiétude ? Qu’elle constitue le domaine par excellence où nous oublions que nous nous oublions ? Une drogue ? Et si là n’était pas la question ? Et si loin d’être apparence illusoire ou construction mensongère, la fiction était un de nos principaux modes d’accès à la connaissance du monde ?
Projection du film Traduire (2011, 70’) de Nurith Aviv, suivi d’un débat en présence de la réalisatrice
Traduire : plus qu’un film, une fenêtre pleine de lumière sur l’art de Nurith Aviv, sur sa poétique sobre et son regard lucide envers les enjeux liés à la restitution de la langue hébraïque au travers des autres langues – ces enjeux n’étant pas uniquement une question de « décision du sens », mais aussi les moyens ultimes d’ouvrir, encore une fois, des fenêtres claires sur une langue, l’hébreu, qui ne cesse, depuis la haskalah (ce grand mouvement de renouveau intellectuel et social qui prôna l'apprentissage à l'école de la langue du pays de résidence), de refuser de se tenir au rang de langue sacrée. « Chaque traduction aujourd’hui accompagne le réseau de toutes les traductions possibles, de toute langue en toute langue » (Edouard Glissant)
