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Cité Philo - Hauts-de-France

De la nature et des femmes par Emilie Hache

De la nature et des femmes par Emilie Hache

“Tu dis qu’il n’y a pas de mots pour décrire ce temps, tu dis qu’il n’existe pas. Mais souviens-toi. Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente.” Les Guerrières, Monique Wittig.


Comment se réapproprier l’Histoire quand les seuls témoins ont été condamnés au silence, effacés, brûlés ? La maîtresse de conférence Émilie Hache rétablit l’histoire de la relation entre les femmes et la nature en redonnant des mots à cette expérience perdue.


Penser le lien entre la nature et les femmes, c’est d’abord penser au rapport de tous avec le monde vivant. Il existait, avant la révolution copernicienne de la science, une représentation animiste et féminine de la nature. La nature féminine était une nature à laquelle on faisait confiance, que l’on écoutait, protégeait. Jusqu’au seizième siècle, l’imagination collective établissait un rapport analogique très fort entre la terre et la mère nourricière. Tout type d’exploitation minière était donc proscrit, puisque forer la terre mère, aurait signifié entrer dans ses entrailles, et donc la profaner. Des femmes avaient un lien encore plus particulier avec la nature : les sorcières. Ces guérisseuses et sages-femmes entretenaient des liens médicinaux et spirituels avec la nature qui leur donnaient un pouvoir de vie et de mort.  Grâce à elles, les femmes possédaient une liberté de choix sur leur corps. 


Après la longue période de grande peste en Europe, les hommes, qui détiennent le pouvoir politique et savant, mettent en doute une vision animiste de la nature. La nature féminine est non seulement considérée comme un échec, puisqu’elle a provoqué la perte de la moitié de la population en Europe, mais surtout, elle est le dernier obstacle à une domination complète de l’homme sur la nature. L’Inquisition attaque celles qui représentent la nature féminine : les sorcières sont interrogées, torturées et brûlées pendant deux siècles en Europe. Le même châtiment est infligé à la nature : on veut faire avouer les femmes comme on veut percer à jour les secrets de la nature. Georg Bauer écrit un essai qui fait l’éloge de l’extraction du charbon De Re Metallica : si mère nature ne veut pas nous dévoiler toutes ses vérités et nous donner toutes ses richesses, est-elle vraiment de bonne volonté ? L’exploitation minière provoque la naissance du capitalisme moderne en Europe. Francis Bacon écrit The Masculine Birth of Time : on entre dans l’ère de la nature masculine. La nature n’est plus qu’une force inerte qui se lit en langage mathématique, une machine docile dont on ne peut plus douter. 

Reclaim, le titre de l’anthologie dirigée par Émilie Hache, signifie réparer quelque chose d’abimé, se réapproprier ce qui a été dérobé. Le mouvement écoféminisme est né des protestations contre l’extraction de l’uranium dans les années 1970. Pour la première fois, les femmes ont le pouvoir d’élever la voix contre ceux qui violent mère nature. 

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