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Cité Philo - Hauts-de-France

Eloge de l'hospitalité. Regards croisés sur la condition de migrant

Eloge de l'hospitalité. Regards croisés sur la condition de migrant



    « Éloge de l'hospitalité. Regards croisés sur la condition de migrant », est l'intitulé de la conférence qui s'est tenue à l'Auditorium des Beaux-Arts mercredi soir 15 novembre. « Des regards croisés de deux façons » souligne le modérateur de cette séance, Stanislas d'Ornano. Ainsi s'entremêlent Poésie et Philosophie, et se répondent les plumes des trois invités. L'un est le poète Patrick Chamoiseau. Ce théoricien du concept de créolité, qui interpelle sur les questions de société à travers son art, est finalement absent physiquement mais présent par les nombreuses références qui lui sont faites. Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc, quant à eux, se déclarent adeptes de la philosophie de terrain. Des méthodes d'étude ancrées dans le réel, qui se rattachent à l'éthique foulcadienne, et qui sont à l'origine de leur ouvrage commun : La fin de l'hospitalité, paru cette année.
 

Tous les trois, en se penchant sur la question migratoire, mettent en lumière le puissant désir de vivre, d'exister, des êtres humains. Ils affirment ainsi la nécessité de mettre en place une réelle hospitalité à l'égard de ces individus, que les deux philosophes appellent « demandeurs de refuge ». En effet, les termes de « réfugié » et de « migrant », utilisés à tort et à travers, ne leur conviennent pas. Et pour cause : l'un associe à l'individu un statut qu'il ne possède pas mais qu'il désire obtenir plus que tout, et l'autre réduit son existence à un déplacement perpétuel. Les deux philosophes entendent ainsi donner une voix à ceux à qui ne trouvent, justement, pas d'écho assez juste à la leur.

 

A Calais, à Berlin ou encore à la frontière franco-italienne, ils ont observé la vie dans ces lieux, ces zones d'attente sans fin. Et ont finalement considéré ce même désir commun à tous les êtres humains : celui de confirmer son existence. L'hospitalité repose ainsi sur le fait de « restituer un lieu à une vie qui en est privée, et ce, par le lieu. ». Il faut entendre la demande, puis y répondre. Pour cela, les auteurs prônent la mise en place d'une politique dite « bienveillante ». Leur réponse se place ainsi dans une volonté de changer la pensée politique et d'établir une critique des techniques étatiques, relevant selon eux d'une « politique de la malveillance ». Fabienne Brugère et Guillaume Le Blanc pointent ainsi l'importance des formes multiples de citoyenneté, c'est-à-dire du développement des initiatives locales et internationales. En conclusion, ils appellent finalement à construire une réponse militante de l'hospitalité rassemblant les voix de la multitude d'actions volontaires existantes. Cette union serait en cela apte à se poster en face de l'idéologie sécuritaire et inhospitalière de l’État. Ils associent, in fine, le terme d'hospitalité à trois verbes. « Secourir », soit. Mais surtout, il faut le faire suivre par celui d’« accueillir ». C'est-à-dire construire, créer, ce lieu, cette vie. Et enfin, parce que l'hospitalité doit avoir une fin pour ne pas laisser l'individu dans cet état latent d'attente, il faut le laisser « appartenir ». Il faut parvenir à ce que chaque être trouve sa place. Que celle-ci soit au sein de sa communauté d'origine, ou de celle d'accueil, ou une autre.



Au moment dédié à l'interaction avec l'audience, une main se lève. Un jeune homme prend la parole. Il explique être mineur, originaire de Guinée équatoriale, et être en demande de régularisation depuis trois mois. Il cherche activement à être scolarisé dans un établissement mais est constamment renvoyé d'un contact à l'autre, d'une administration à une autre. En attendant, il passe ses nuits dans les stations de métro. Il est venu à cette conférence en quête de ces réponses que personne ne lui donne. Nous y voilà. Une opportunité d'appliquer de façon concrète ce qui a été débattu et théorisé pendant l'heure passée. Les invités écoutent et reçoivent cette demande, puis interpellent la salle. Celle-ci est finalement parsemée de membres d'associations qui tentent, à différentes échelles, d'apporter une aide et une solution à ce genre de situation. Des membres de l'audience réagissent « Il y a plein de gens qui veulent aider ! Beaucoup de choses se font mais elles ne sont pas médiatisées ! On a tellement peu de gens à accueillir comparativement à d'autres pays ! ». L'association Welcome est notamment évoquée.



Et après la séance, Monsieur Jean-Noël Petit me parle avec entrain du collectif qu'ils sont plusieurs à avoir créé dans le but premier de distribuer des couvertures, à Templeuve. Depuis, ils organisent peu à peu des activités pour collecter de l'argent leur permettant d'apporter une aide matérielle plus conséquente et diversifiée.  Il me parle également de l'association « Terre d'errance ». Face à la peur ressentie et exprimée par beaucoup, on trouve heureusement la bonne volonté des autres. Et ils sont peut-être moins nombreux et moins médiatisés, mais ils sont bien là, mobilisés.



Jade BRIEND-GUY



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