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Citéphilo - Hauts-de-France
Professeur émérite de philosophie à l’Université Paris 8 (Vincennes, puis Saint Denis), élève de Louis Althusser à l’École Normale Supérieure de la rue d’Ulm au début des années soixante, Jacques Rancière collabore avec celui-ci, ainsi qu’avec Pierre Macherey et Etienne Balibar au groupe qui se donnait pour tâche de « lire Le Capital ». S’écartant d’une vision dogmatique du marxisme qui vouait tout militant à la tâche d’expliquer aux ouvriers pourquoi et comment ils étaient exploités, il fonde et anime la revue Révoltes Logiques et s’attache à retrouver la part créatrice, tant esthétique que politique, des ouvriers du 19 e siècle. Son œuvre tresse la philosophie, la politique et les arts (cinéma, théâtre, poésie, art des jardins).

Depuis les années 60 et sa rupture avec une version scientiste du marxisme, Jacques Rancière a exploré le refoulé de l’histoire des opprimés (La nuit des prolétaires, Le Philosophe et ses pauvres). Il a remis au travail la notion d’égalité, en lien avec la démocratie moderne. Pour lui l’égalité n’est pas un objectif situé dans un avenir indéfiniment différé : elle est au départ. Il faut postuler l’égalité des intelligences avant même de commencer à enseigner. La question de la consistance même de nos démocraties s’apprécie à travers cette question. Après avoir travaillé sur la culture des ouvriers du XIX e siècle, artistes et philosophes autodidactes, il en est venu à poser une hypothèse novatrice : « L’émancipation ouvrière était d’abord une révolution esthétique ». Cela implique qu’on bouscule un peu les critères du « bon goût ». Il faut le suivre un moment sur ce qu’il appelle « les chemins tordus de l’émancipation. » S’émanciper, c’est sortir d’un état de minorité : passer de l’adolescence à l’âge adulte ; s’émanciper pour une femme c’est rompre avec le patriarcat, pour les ouvriers, s’affranchir de toutes les tutelles autoritaires, patronales, cléricales et de celles des théoriciens qui veulent leur « expliquer » pourquoi ils sont exploités, opprimés. Car on n’émancipe pas autrui : c’est une contradiction dans les termes. Nous ne souhaitons pas commémorer ou célébrer une époque révolue, mais bien plutôt nous demander quelle est la consistance de notre présent. Jacques Rancière échangera avec ses ami(e)s Geneviève Fraisse, Marie-José Mondzain, Etienne Balibar et Pedro Costa. Il préfère le dialogue vivant aux gloses universitaires sur son œuvre.